Créativité : et si la science en révélait toute la valeur ?

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Un coach en quête de créativité (et de sa définition)

Les valeurs, colonne vertébrale de la personnalité

Dans le coaching, les valeurs personnelles jouent un rôle central. Elles sont la colonne vertébrale de notre psyché, soutenant notre personnalité – un peu comme notre squelette maintient notre corps debout. En allemand, on peut jouer avec les termes « attitude droite » (aufrechte Haltung) et « attitude sincère » (aufrichtige Haltung). Quand, dans le quotidien, nous sommes contraints de tordre nos valeurs au point qu’aucun narratif, même le plus enjôleur, ne parvient à nous remettre d’aplomb, c’est la détresse émotionnelle, la frustration, voire la dépression qui pointent leur nez.
 D’où l’importance d’explorer et de cultiver ses valeurs.

Ma propre crise de créativité

Au fil de ma carrière, j’ai souvent trébuché sur la notion de créativité. Et là, en ce moment même, en tapant ces lignes, je supplie la mienne de daigner s’asseoir à côté de moi, ne serait-ce qu’une seconde. Moi qui, vieux râleur, me permets volontiers de critiquer les vies « créatives » des autres, je me soumets avec humilité à votre jugement : est-ce que j’y arrive, au moins un peu?

Mais ne parlons pas de ma créativité, mais de la vôtre. En tant que coach, il ne m’appartient pas de juger si la créativité fait partie de vos valeurs – du moment que vous en êtes satisfait. Mais j’espère avoir semé cette petite question dérangeante dans votre esprit : suis-je (vous, pas moi) réellement créatif ? Prenez un instant pour y réfléchir…

La créativité, une enquête scientifique

.. et si vous êtes encore là, une autre question a peut-être germé : au fait, c’est quoi, la créativité ?
 Du moins, c’est ainsi que fonctionne mon esprit de laboratoire, conditionné par la banalité des sciences quotidiennes. Je ne pouvais donc m’empêcher de passer des heures, voire des jours, le nez plongé dans les publications et les livres : peut-être pour y trouver une définition solide auprès de collègues experts ; peut-être même pour dénicher un ou deux conseils issus de la recherche sociale empirique susceptibles de nous donner un coup de pouce à nos expressions créatives.

J’ai trouvé ce que je cherchais – la véritable point de depart de ce blog – dans un livre instructif et divertissant, L’homme augmenté de Raphaël Gaillard ,chef du service de psychiatrie de l’hôpital Sainte-Anne et de l’Université Paris Cité (Gaillard, 2024).

Gaillard y décrit, dans un chapitre intitulé « La sieste d’Einstein », les travaux de l’équipe de Delphine Oudiette, Institut du Cerveau (Lacaux, 2021). Leurs recherches montrent que dans cette phase de demi-sommeil – le sweet spot – le contenu de la pensée consciente et inconsciente se mélangent au rythme des ondes cérébrales. Réveillé à ce moment précis, on pourrait booster sa créativité pendant la phase d’éveil. Fascinant ! Je reviendrai plus en détail sur ce sujet ailleurs. Mais pour l’heure, je reste fidèle à ma quête initiale : trouver une définition concrète de la créativité, utilisable en coaching.

La définition standard : originalité + efficacité

Suivant les references, j’ai finalement atterri sur l’article de Jaeger et Runco, « The Standard Definition of Creativity » (oui, il existe bien un Journal of Creativity Research !). Leur définition en deux parties : la créativité = originalité + efficacité (effectiveness) (Runco, 2012). 
Je coupe court aux philosophes et puristes linguistiques : pas question d’élever le jeu des définitions aux niveaux suivants. Je reste fidèle à l’article., qui cite un auteur des années 1950, Stein, pour qui :
« Une idée créative naît de la réintégration de matériaux ou de connaissances existants, mais contient, une fois achevée, des éléments nouveaux. »
Et pour l’efficacité :
« Un travail créatif est généralement utile à un groupe donné, et donc soumis à une évaluation sociale (Stein, 1953).

Avec ça, on peut travailler !  Pour être créatif, il nous faut trouver un moyen de faire peau neuve, que l’on peut qualifier de cadre interne (Stein, 1953). Cependant, nous devons nous également confronter avec le cadre externe si nous voulons être reconnus comme créatifs. Deux pistes concrètes pour le coaching à orientation scientifique en général, et pour le coaching des scientifiques en particulier.

Les scientifiques, ces « chercheurs » éternels

Les scientifiques – ou chercheurs, comme les appelle si bien la langue française – sont, par définition, condamnés à chercher du nouveau. En tant qu’observateur extérieur, on aurait du mal à le croire à quel point cette tâche est ardue, même pour les esprits les plus logiques ou originaux. La légende raconte que même le plus brillant d’entre nous a reçu sa théorie de la relativité (générale) dans un rêve (la sieste d’Einstein). Mais même les petites découvertes, celles qui ne bouleversent pas les paradigmes, restent rares dans une carrière scientifique. Cela rend les découvertes neuroscientifiques comme l’étude Sweetspot d’autant plus passionnantes, car elles montrent que la créativité peut être favorisée par des méthodes fondées sur des résultats empiriques. Encore plus passionnant pour un coach : l’évaluation sociale, ce cadre externe qui nous révèle où et comment vivre, défendre… ou vendre notre originalité. Du coaching de vie haut de gamme, auquel je vous invite cordialement.

Test de créativité : et moi, suis-je créatif·ve ?

Pour celles et ceux qui se demandent encore s’ils sont créatifs, sachez que les psychologues ont conçu des tests. Parmi les classiques : l’échelle Kaufman Domains of Creativity Scale (K-DOCS) (Kaufman, 2012). Je l’ai adapté pour vous – vous pouvez le télécharger ici avec mes instructions d’amateur. Attention : le physicien en moi hurle après des mesures objectives… mais l’évaluation reste subjective. Vous vous auto-évaluez.

Et une dernière postface : 

Comme je l’ai déjà mentionné, ce blog est consacré à votre créativité, et non à la mienne. Toutefois, je tenais à montrer l’exemple et — il faut bien le dire — à flatter un peu ma vanité.

Il est intéressant de noter que la littérature propose différents domaines de créativité, dont le nombre varie selon les auteurs. L’Antiquité en reconnaissait neuf (les Muses), tandis que Kaufman lui-même en propose cinq (Kaufman, 2012). Ma femme relève clairement du domaine artistique, possédant un talent artisanal considérable, notamment en céramique. Ici, l’originalité est reine, tout comme son énergie à vivre et à représenter cette originalité (cadre externe). Mais même ma vanité a hésité à s’aventurer dans ce domaine. J’ai toutefois donné une chance au domaine mécanique/scientifique ou peut-être même au domaine synthique de satisfaire mon ego créatif. Mais Kaufman a été impitoyable : tout n’est que copie et plagiat – donc, aucune originalité.

Je ne peux m’empêcher de sourire en repensant à mon propre cadre externe, l’impact social. Néanmoins, je serais ravi de recevoir le moindre commentaire de votre part. Quant à l’impact social, je ne peux m’empêcher de sourire. Pourtant, votre avis, lui, me rendrait très heureux.

J’espère que ce blog vous a plu. Le prochain sera consacré… à l’intuition scientifique.

References:

The nine Muses, lined up in marble, inspiring the arts and the memory of the ancient world.
  • Gaillard, R. (2024). L’Homme Augmenté. Grasset
  • Lacaux C. et al. , Sleep onset is a creative sweet spot, Sci. Adv. 7, eabj5866 (2021). DOI:10.1126/sciadv.abj5866
  • Runco M.A. and Jaeger G.J., The standard definition of creativity, Creativity Research Journal 24 (2012), 92.
  • Stein, M. I. (1953). Creativity and culture. Journal of Psychology 36, (1953), 31–322.
  • Kaufman, J.C., Counting the Muses: Development of the Kaufman Domains of Creativity Scale (K-DOCS), Psychology of Aesthetics, Creativity, and the Arts 6 (2012), 298.

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